Le coeur des hommes #1

Mis à jour : mai 18




Aujourd’hui, je vous présente Odin. Nous l’avons rebaptisé afin de préserver son anonymat.

Pourquoi Odin ? Odin est un des dieux d’une religion scandinave polythéiste, il représente le savoir et la sagesse. Des valeurs partagées par le premier homme que j’ai rencontré, prêt à se dévoiler.

👦Enfance & Adolescence

🔸J’ai grandi dans un contexte libre, ouvert où il n’y avait pas de sujet tabou.

Mon père est militaire, non pas par vocation, mais plutôt par opportunité de se voir financer des études en échange de bons procédés et ma mère conductrice de chantier, première femme à exercer ce métier en Allemagne. Ils se sont rencontrés après une annonce passée dans le journal : « Recherche un partenaire pour faire de la moto » … Mariés à 18 ans, ils m’auront en tant que premier enfant quatorze ans plus tard et ma sœur peu de temps après. Une façon de faire déjà non conformiste.

🔹Je passe les premières années de ma vie sur une base en Allemagne dans un contexte international où mon père acheteur travaille pour l’OTAN. C’est un homme avec qui l’on peut parler de tout sauf de son ressenti. Je partage mon quotidien avec des enfants d’ambassadeurs, plusieurs cultures cohabitent ensemble, je pense que je vis dans un milieu privilégié.

🔸Vers leurs cinquante ans, mes parents rêvent de nature, en Allemagne les terrains coûtent chers, ils orientent leurs recherches en France et plus particulièrement en Touraine.

Après avoir trouvé une maison de campagne, mon père finalement ne nous rejoindra pas. Il a rencontré quelqu’un et reste sur la base.

🔹C’est une claque pour ma mère. Elle ne s’y attendait absolument pas. Elle se décrivait comme féministe et avait appris à s’imposer dans son métier a priori masculin. Une blague de cul en réponse à une autre et les choses rentraient rapidement dans l’ordre. Elle avait une vision de la relation de couple comme très fusionnelle. Tout faire ensemble, tout partager, …Je pense que mon père avait besoin de retrouver une bulle de liberté.

J’arrive dans un nouveau collège. Je suis vu comme un « étranger » avec mon accent allemand que j’ai perdu aujourd’hui. Je suis choqué par les propos xénophobes et homophobes que j’entends et l’humour douteux de certaines de mes camarades.

Habitué aux « hugs » à l’américaine peu importe le genre, j’apprends un nouveau code : serrer la main aux garçons et faire la bise aux filles.

🔸Au lycée agricole que je fréquente les mentalités changent, les orientations sexuelles des uns et des autres importe peu l’opinion publique. Je sors avec une fille en première, une expérience qui ne me transcende pas… mais en terminale j’ai un véritable coup de cœur pour une autre à qui j’écris une pièce de théâtre. Elle ne comprend pas la portée du message. J’ai ensuite une première relation « sérieuse » avec qui je resterai un an et demi.

👨Young Adult

🔹A la fac, je me lie d’amitié avec un groupe de « métalleux », où je découvre une liberté des mœurs et notamment une plus grande liberté sexuelle. Auparavant, j’ai toujours eu l’image d’ « intello » mais cela n’a jamais été un problème de me faire des amis.

Lors de mes études secondaires, je me rends compte que le romantisme ne fonctionne pas très bien auprès de la gent féminine. Je ressens un sentiment d’injustice : on est des mecs « biens » et elles choisissent toujours les plus irrespectueux, vous savez ce stéréotype du sportif un peu con sur les bords.

🔸Face à cela, je décide de m’adapter à la situation. J’adopte un look plutôt viking, je me laisse pousser les cheveux, je fais beaucoup de sport, je me laisse pousser la barbe. Je n’adopte pas un comportement de « macho » mais je dégage beaucoup plus de confiance en moi. Je joue sur des sous-entendus, j’y vais franco. Par exemple, je suis sur entrain de faire du sport entre potes, je vois une nana qui me plaît physiquement, je lui propose spontanément : « ça te dit de venir chez moi ce soir ? », sur le ton de la déconnade. Une fois que la discussion a démarré, je lui propose à nouveau mais plus sérieusement cette fois-ci et deux fois sur trois ça marche…

🔹J’ai cette vie très libre pendant quelques années. Et je tombe sur elle. J’ai flashé.

Elle est danseuse contemporaine. Je suis honnête avec elle en lui expliquant qu’effectivement je ne cherchais pas d’engagement auparavant mais avec elle j’ai envie d’avoir quelque chose de sérieux. Elle me dit qu’elle se donne le temps du week-end pour réfléchir, j’apprends plus tard que c’était pour quitter son copain.

Notre relation se passe bien mais elle me fait rapidement part de ses frustrations. Elle se dit frustrée sexuellement par manque d’expérience. Je suis en étude d’anthropologie à cette période et nous étudions les sociétés matriarcales où j’apprends qu’il n’y a pas de fidélité sexuelle. Je suis suffisamment ouvert pour lui proposer d’essayer quelque chose de nouveau.

🔸Nous nous sommes rendus dans un club échangiste. Cela fonctionne bien. On y va seul ou en couple, nous faisons une distinction entre amour et sexualité, mais nous respectons ces deux règles : on se protège et on se dit tout. Notre vie de libertin ne nous empêche pas de vivre des choses que n’importe quel couple partage au quotidien : les fous rires, les séries que l’on regarde en jogging sur le canapé, les discussions philosophiques jusqu’à pas d’heure. C’est notre complicité et notre affection qui nous unit plus que ce qui se passe au lit.

Elle me quitte au bout de quatre ans pour suivre un homme de son milieu artistique.

👁Une expérience inattendue

🔹A ce moment-là, je suis un peu perdu.

Un ami du collège propose de m’héberger le temps de me remettre. Nous partageons quelques points communs et notamment notre façon de vivre notre sexualité de manière très libre.

Un soir, nous discutons dans un bar de nos différentes expériences. Il me confie qu’il a déjà couché un homme. Je lui demande si c’était par amour ou pour mourir moins con.

Il me répond que c’est par expérience. Il ajoute : « et toi ? ». Je lui dis que non. Il me propose d’essayer.

🔸Je n’ai pas trouvé ça désagréable. Je me rends compte qu’on est hyper conditionné, très influencé. Il faut faire un vrai travail pour penser par soi-même. Mon humble avis est que nous sommes tous bisexuel à un certain degré à l’origine.

Nous avons continué à voir des femmes chacun de notre côté parce que nous préférions quand même les rapports avec ellesmais nous avons vécu de belles choses ensemble pendant deux ans. Il y a eu des je t’aime quelque fois, avec du recul je pense que c’était une forme d’amitié exacerbée. Un concours de circonstances nousa permis de vivre cette histoire et un autre a fait qu’elle s’est terminée. Je ne la regrette pas.

🔹J’ai fait par la suite une nouvelle rencontre avec une femme. A l’inverse de ce que j’avais connu, je suis rentré dans un modèle plutôt monogame, très classique et qui m’a parfaitement comblé. J’étais très épanoui pendant ces quatre ans.

Mon bonheur est caméléon, je n’ai pas qu’un moyen d’être heureux mais plusieurs. Tout dépend de la personne, de l’étape de ma vie dans laquelle je suis.

⁉️Aujourd’hui où j’en suis ?

📍Aujourd’hui, je suis bien dans mes baskets mais un peu perdu.

Je m’entends bien avec mes exes. Quand le bout de chemin que l’on devait faire ensemble se termine, je l’accepte.

J’aime les femmes assez libres qui ne correspondent pas à l’archétype de douceur, fragilité et dépendance qu’on nous propose.

Une femme libre, qu’est-ce que c’est ? Une femme qui assume ses choix, avec du caractère.

J’apprécie beaucoup l’imagination, la force créatrice, je suisattiré par les artistes.

📍Je ne me cache pas de cette vie et de tous les chapitres qui lacomposentet je comprends qu’elle puisse faire peur aux femmes. Elles se demandent si je suis « capable d’être en couple ».

Il n’y a pas très longtemps, j’ai couché deux-trois fois avec une amie. Je n’avais pas eu particulièrement envie auparavant mais mon regard sur elle a un peu changé. Je prends l’initiative de lui dire que je me sens bien avec elle et que si elle veut essayer je suis partant. Elle prend le temps de réfléchir et reviens vers mois pour me dire que non.

Elle m’explique qu’au lit « je ne suis pas assez bourrin. J’ai envie qu’on me tire les cheveux, qu’on me claque les fesses, j’ai envie d’être brutalisée. »

Je trouve cela bien dommage cette vision de la sexualité où tout n’est qu’un jeu de domination et non pas d’échange. Cette idée contribue aux clichés et à une culture patriarcale. On apprend aux gens à se faire mal pour prendre du plaisir plutôt qu’à chercher à se faire du bien.

D’un point de vue familial, je ne vois pas la paternité comme un but ni comme une nécessité. Je suis quelqu’un d’adaptable, je pourrais être heureux avec des enfants comme sans.

💌A trente et un an, je pense que la plus belle preuve d’amour que l’on puisse apporter à l’autre c’est de le laisser libre...

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