Les maux d'amour.

Mis à jour : mars 27

Assise sur le canapé de ma grand-mère, nous regardons le film "La Fille du Puisatier" adaptation du roman de Marcel Pagnol. Un dialogue entre le père et sa fille me touche particulièrement:

"Il t'a promis quelque chose?

-Il ne m'a rien promis mais je lui ai tout donné.

-Tu as fait le péché? Je croyais que tu étais un ange.

-Les anges ne sont pas sur Terre. Je suis comme les autres."

Cette phrase: "Il ne m'a rien promis mais je lui ai tout donné" fait écho en moi.





Je suis une grande admiratrice de ses héroïnes qui s'affranchissent du couple et qui ont un but plus grand:




Mulan qui prend la place de son père pour aller à la guerre,




Maggie de Million Dollar Baby souhaitant à tout prix qu'on lui laisse sa chance sur le ring,




Cheryl de Wild qui entreprend le Pacific Crest Trail, une randonnée de 1700km.


Petite, quand on me demandait le nom de mon amoureux je répondais "Papa". Je me fichais des garçons mis à part mon ami Teddy. J'étais très heureuse seule avec mes chats en ayant construit une cabane dans le jardin. La solitude ne me dérangeait pas, j'en dégageais même une fierté. "J'ai fait çà toute seule", comme une "grande". L'amour de ma famille et de mes amis me comblaient parfaitement.

Au collège, je sens une certaine pression. Je me dis que c'est la honte si je rentre au lycée sans avoir embrassé un garçon. Si tu sors avec personne, est-ce que tu es quand même quelqu'un?

Quelques flirts au lycée, je rentre à la fac après une première déception amoureuse.

Les années passent j'ai un comportement contradictoire. Je ne rêve que d'une chose me sentir aimé, désiré,... j'ai envie de messages tous les quarts d'heure, de discussions enflammées, de films regardés dans les bras de quelqu'un. J'ai envie que l'on soit fier d'être avec moi. J'angoisse quand je vois autour de moi des couples qui sont ensemble depuis un an, deux ans,... Pourquoi cela ne m'arrive pas? Suis-je digne d'être aimé? Est-ce une honte que d'être à mes côtés? Alors je fais comme si c'était moi qui n'en voulait pas, j'endosse le rôle de la bonne pote, de celle qui sait faire la fête, je danse, je déchire en blind test, je sais descendre les verres d'une traite. Je suis toujours en petite robe, maquillée, coiffée, toujours prête à sortir. Je fais des rencontres mais cela ne dure jamais bien longtemps ou alors on ne veut rien de sérieux avec moi. Je fais comme si c'était moi qui maitrisait la situation alors que bien évidemment il n'en est rien.

Je vis bien sûr des bons moments, je rigole souvent, j'ai l'impression de profiter de la vie et de ma jeunesse. De sortie du jeudi au dimanche, passer une soirée seule dans ma chambre m'angoisse terriblement. Parfois je craque, je suis gênée de mon célibat.


Janvier 2012, je rencontre un homme en soirée. Je crois que je lui plais. Nous nous voyons presque tous les jours. Je peine à y croire. Il a à peu près le même parcours amoureux que moi. J'aime sa timidité, sa réserve, sa gentillesse, sa douceur. Je suis tellement contente que quelqu'un qui me plaît s'intéresse à moi que je m'en suffis. J'accepte sans broncher les retards, les soirées entre hommes mais avec d'autres femmes où je ne suis pas invitée à répétition, le fait qu'il soit tout le temps chez moi mais qu'il conserve sa chambre étudiante au cas où, les vacances entre pote sans moi et quand c'est mon tour il n'y a plus d'argent, j'accepte l'entièreté des tâches, quand il est muté en région parisienne j'accepte d'attendre six mois pour savoir si je le rejoins ou pas. Bien sûr, nous avons eu des moments heureux. Cependant, j'ai encore le sentiment d'avoir porté la relation. A chaque dispute, j'ai peur de la rupture alors je colmate les brèches: quand je sens que nous sommes moins proche qui prépare un repas aux chandelles, qui organise les weekends, qui prend des pincettes pour aborder les sujets qui fâchent mais qui doivent être réglés ?


Décembre 2017, un ami m'invite à le rejoindre à une soirée bachata. J'ouvre la porte et je croise son regard. J'ai l'impression d'y lire de la vulnérabilité et j'ai tout de suite envie d'apprendre à le connaître. Très vite, j'apprends son histoire: après dix ans de relation, vous ils se sont séparés depuis trois mois. Je sais que c'est trop tôt pour lui mais je me lance, tant pis.

Le résumé de cette relation: "L'attente." Il me dit qu'il arrive, il n'arrive jamais, lorsque je l'appelle il ne décroche pas sur son portable. Alors oui, je ne m'aime pas quand je fais çà mais j'espionne. Une mauvaise habitude que j'ai prise avec ma relation précédente. Je commence par WhatsApp, je consulte sa dernière connexion. Puis sur Facebook, je regarde même chose la dernière connexion, est-ce qu'il a publié quelque chose, qui a aimé ses dernières photos, je regarde les filles, je consulte leurs profils, je me fais une idée du lien de la relation qu'ils ont. Je continue d'attendre, je pleure, je me demande s'il pense à moi, pourquoi est-ce qu'il ne me répond pas? Un message pour me rassurer est-ce trop demandé?

Elle revient vivre chez toi, mais je ne dois pas m'inquiéter? J'accepte.

Vous passez des fêtes familiales ensemble? J'accepte.

Tu viens chez moi de 20h à 23h, mais tu ne dors jamais? J'accepte.

Mais putain, je me décris tout le temps comme féministe, mais qu'en est-il vraiment? Je ne suis pas capable de prendre mes cliques et claques? Et si c'était moi qui n'était pas assez bien pour être aimée et respectée?



Mars 2020, j'écris dans notre chambre. Il est assis sur le lit avec Octet, un chat que j'aime comme si c'était le mien. Chacun concentré sur ce qu'il a à faire, nos silences ne sont pas lourds. J'ai enfin compris. Compris que ce n'est pas la façon dont les autres se comportent avec moi qui donne mon niveau de valeur. Par ailleurs, la valeur qu'est-ce que çà veut dire ? Compris que ce n'est pas à mon partenaire de me donner confiance en moi. Compris que je n'ai pas à anticiper ses besoins. Compris que même si je n'ai pas d'enfant cela ne voudra pas dire que ma vie sera ratée. Compris que même si son avis compte c'est le mien qui prime sur ce que je veux faire de ma vie. Compris qu'il ne sert à rien que je l'étouffe de mes déclarations d'amour. Compris que la phrase "il/elle est trop bien pour moi" ne veut rien dire. Qui nous note?

Je ne crois pas que mon couple a l'entière responsabilité de mon bonheur.

C'est parce que nous sommes heureux individuellement que nous serons un couple harmonieux.







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